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Les liaisons dangereuses : Les raisons du scandale

Les raisons du scandale des Liaisons Dangereuses

Le scandale entourant Les Liaisons Dangereuses a contribué à la renommée durable du roman à travers les siècles.

Sous-titré Lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres, ce roman épistolaire composé de 175 lettres a été publié à la fin du XVIIIe siècle.

L’œuvre libertine suscita l’indignation lors de sa sortie en 1782. Elle fut rédigée par Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803), un auteur français officier de carrière.

Résumé

Le comte de Gercourt vient de quitter la marquise de Merteuil. Cette-dernière, blessée, apprend qu’il s’intéresse déjà à la jeune et candide Cécile de Volanges. La douleur étant trop grande, elle imagine alors une vengeance terrible. Elle propose une mission à son ancien amant, le Vicomte de Valmont…
Celui-ci devra, en bon libertin, séduire et corrompre la belle Cécile. Joueur, Valmont accepte. Cependant, la tâche sera contrariée par son intérêt grandissant pour la présidente de Tourvel, une autre femme réputée pour sa morale et pour sa droiture.

Souhaitez-vous redécouvrir ce classique de la littérature ? 

Ode ou critique du libertinage ? La polémique autour de cet ouvrage est-elle vraiment justifiée ? 

Découvrons ensemble les critiques infligées à cette œuvre ainsi que les réelles intentions de son auteur.

Un roman épistolaire à la moralité douteuse

« Un roman dont la morale est équivoque est un poison bien dangereux […]. » disait Jacques Pierre Brissot en 1784 au sujet de ce roman épistolaire.

Le dispositif épistolaire est porté ici à sa perfection absolue : la correspondance entre le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil, deux libertins aristocratiques qui font de la séduction et de la manipulation un art de vivre et une guerre. Cette dynamique littéraire révèle progressivement l’étendue de leur perversité et la mécanique implacable de leur destruction mutuelle.

Un regard critique ? 

À la sortie du livre polémique, Marie Jeanne Riccoboni, comédienne et romancière française, écrit à Choderlos de Laclos :

« Un homme extrêmement pervers est aussi rare dans la société qu’un homme extrêmement vertueux. On n’a pas besoin de prévenir contre les crimes, tout le monde en conçoit de l’horreur, mais des règles de conduite seront toujours nécessaires, et ce sera toujours un mérite d’en donner. Vous avez tant de facilité, monsieur, un style si aimable, pourquoi ne pas les employer à présenter des caractères que l’on désire d’imiter ? ».

L’abondance de témoignages de ce type prouve que les héros présentés dans l’œuvre furent associés à la personne même de l’auteur.

Un auteur condamné à la censure ?

Laclos utilise la forme de la lettre avec une maîtrise magistrale : chaque correspondant se révèle différemment selon son interlocuteur, et le lecteur, qui voit tout, devient complice involontaire de ces jeux cruels.

D’ailleurs, au XIXe siècle, le livre subira la censure en Espagne et sera condamné quatre fois en France pour outrage aux bonnes mœurs et incitation à la dépravation.

Pourtant le message de l’auteur se voulait tout autre. Loin de faire l’éloge du libertinage, il critiquait, au contraire, le mode de vie décadent de l’aristocratie.

Le véritable message délivré par Choderlos de Laclos

Choderlos de Laclos s’ancre finalement dans la tendance moralisatrice des auteurs du siècle des Lumières.

Dans sa préface, le romancier choisit de citer Jean-Jacques Rousseau :

« J’ai vu les mœurs de mon temps et j’ai publié ces lettres. » (Rousseau, La Nouvelle Héloïse).

Le rapporteur de ces correspondances sulfureuses avait en fait pour ambition de dépeindre les mœurs des hauts dignitaires de son époque. Il tenta, pour y parvenir, de représenter les rapports de pouvoir qui régissaient les relations sociales de son temps (argent, sexualité, religion…).

En accord avec ses principes féministes, il dénonça aussi, à travers Les liaisons dangereuses, les failles dans l’éducation des jeunes filles au XVIIIe siècle. Cette thématique, il l’avait déjà développé dans son traité sur l’éducation des femmes resté inachevé.

La chute des deux protagonistes, symétrique et inexorable, a la beauté froide d’une démonstration mathématique.

Saviez-vous que les pages provocantes de Choderlos de Laclos créent encore la polémique à cause du caractère séduisant conféré à Valmont, personnage jugé hautement pervers ?

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Les liaisons dangereuses : une citation marquante ?

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« Ou vous avez un rival, ou vous n’en avez pas. Si vous en avez un, il faut plaire pour lui être préféré ; si vous n’en avez pas, il faut plaire encore pour éviter d’en avoir. » – Lettre LVII (57) envoyée par la Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont.

Cette citation représente la mécanique guerrière de la séduction libertine. Elle résume à elle seule la mécanique de séduction froide et stratégique qui anime l’œuvre.

En effet, chez Laclos, l’amour n’est jamais un abandon, mais une stratégie de conquête et de conservation. La Marquise de Merteuil y définit un monde où le repos n’existe pas.

Si le rival existe, il faut le vaincre ; s’il n’existe pas, il faut l’anticiper.

Conclusion de l’analyse littéraire

Aujourd’hui, le thème audacieux de ce roman épistolaire est encore sujet à débat. Des parents d’élèves conservateurs, considèrent en effet que les comportements décrits représentent un risque pour la préservation de l’intégrité morale de leurs enfants.

Laclos dissèque avec une précision clinique les mécanismes du désir, du pouvoir et de l’amour dans une société aristocratique décadente. Sous le roman libertin, se cache une critique sociale acérée d’un monde condamné, écrit à sept ans de la Révolution. Vertigineux, cruel et parfaitement construit.

Un chef-d’œuvre absolu et intemporel !

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Et vous ? Pour ou contre la découverte des Liaisons dangereuses au lycée ?

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7 Commentaires
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13 août 2019 8h24

Un de mes romans épistolaires préférés (qui est au programme de la classe de première mais c’est l’enseignant qui fait ses choix pour le bac de français!). Je suis évidemment « POUR » la découverte de ce roman au lycée (on peut, de plus, travailler sur le film de Frears en même temps). Certes, il s’agit d’un roman libertin mais la « morale » de l’histoire est très claire qu’il s’agisse du destin de la marquise de Merteuil ou de celle de Valmont… un ado comprendrait bien! De plus, le « féminisme » de l’œuvre fait partie de l’ouverture prônée par le siècle des Lumières : le plaisir et le libertinage prôné par Merteuil est une recherche de la connaissance et du savoir avant tout (connaissances réservées aux hommes depuis toujours)…

13 août 2019 15h29

Pour ! le découvrir au lycée – ce qui fut mon cas.
Il y a une morale à cette histoire, et les jeunes sont plus « avertis » à notre époque.

3 octobre 2019 6h19

J’apprécie cet article comme effectivement une ouverture pédagogique intéressante sur bien des dimensions de la relation au Monde et à la vie sociale la plus intime, jusqu’à la plus collective. Belle étude oui, comme dit par « tortue », tant du féminin que de la perversité. Les entrées sont multiples et les traitement cinématographiques tous très intéressants sauf une tentative ratée à mon sens d’un réalisateur (Vadim) qui a tenté d’en faire une fable contemporaine. En tous cas, oui, Sublime exégèse de la perversité avec un féminin exalté et sublimé.
En complément, lire « de l’éducation des femmes »…dont j’ai porté, fut un temps de nombreux extraits sur un de mes blogs….