La petite rédac

livres d'auteurs à la moralité douteuse suspendus sur une corde à linge dehors

Table des matières

12 auteurs à la moralité douteuse

12 auteurs à la moralité douteuse : Le prix du génie ? 

Dans le monde de la littérature, les œuvres des écrivains sont souvent encensées pour leur profondeur, leur créativité et leur impact culturel.

Cependant, derrière le vernis littéraire se cachent parfois des auteurs dont la moralité personnelle soulève des questions.

Aujourd’hui, la rédac’ découvre douze auteurs dont la vie et les choix peuvent être considérés comme moralement douteux ! Analyse !

Le Marquis de Sade : Les excès du libertinage

Marquis de Sade, l’auteur du sulfureux Justine et Les Cent Vingt Journées de Sodome, était célèbre pour ses écrits explicitement érotiques et ses idées libertines, souvent teintées de violence.

Sa vie tumultueuse et ses penchants extrêmes ont suscité des débats houleux sur la moralité de ses œuvres.

Sade a passé 27 ans derrière les barreaux. Ce n’était pas seulement pour ses écrits, mais pour des actes de violence réelle (enlèvements, sodomie non consentie, empoisonnements présumés à la cantharide). Il a fréquenté les lieux les plus sombres du pouvoir français : le donjon de Vincennes, la Bastille et, pour finir, l’asile de Charenton.

Le saviez-vous ? Sade a laissé des instructions formelles dans son testament pour que son corps soit enterré dans un bois sur sa terre de Malmaison, sans aucune pierre tombale, afin que « toute trace de sa mémoire soit effacée ».

Issei Sagawa : Le cannibale qui a fait de son crime un manga

Le cas Sagawa est sans doute le plus glaçant de cette liste. Issei Sagawa (1949-2022) était un écrivain, peintre et acteur porno japonais accusé, mais reconnu pénalement irresponsable, de meurtre et d’actes de nécrophilie et de cannibalisme sur la personne d’une étudiante de la Sorbonne, en 1981.

L’écrivain et tueur japonais décrit de façon illustrée et détaillée le meurtre qui l’a rendu tristement célèbre ainsi que sa vie de meurtrier reconnu après sa libération dans un manga publié en France en 2023 par les éditions Le Camion Blanc.

La question que pose Sagawa n’est pas seulement éthique : elle est aussi commerciale. Que dit-il d’une société capable de publier, distribuer et acheter le récit illustré d’un crime impuni ?

Louis-Ferdinand Céline : Le génie de la haine

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage sur le terrain politique par la publication de deux pamphlets antisémites d’une violence inouïe : Bagatelles pour un massacre en 1937 et L’École des cadavres en 1938. Dans une langue familière et argotique très travaillée, Céline reprend tous les clichés antisémites de son temps et adhère totalement à la vision du monde raciste des nazis.

Ses pamphlets antisémites ne sont pas des livres censurés en France. Cependant, ils ne sont aujourd’hui plus édités dans l’Hexagone, Gallimard ayant finalement renoncé à un projet de réédition critique face à la virulence des controverses.

William S. Burroughs : La tragédie de Joan Vollmer

William S. Burroughs, auteur de Le Festin Nu, a été impliqué dans un incident tragique où il a accidentellement tué sa femme Joan Vollmer lors d’un jeu de la « roulette mexicaine ».

Il ne passa pratiquement aucun temps derrière les barreaux. La face la plus cruelle de l’affaire est celle-ci : dans l’introduction à son roman Queer, Burroughs appela le meurtre le déclencheur de sa carrière d’écrivain, écrivant qu’il n’aurait jamais été un écrivain sans la mort de Joan. Sa tragédie était donc, dans sa propre bouche, sa muse.

Joan Vollmer est morte à 28 ans. On parlerait aujourd’hui de féminicide. Dans sa vie privée comme dans son œuvre, elle avait été l’une des cerveaux les plus vifs du mouvement, mais l’histoire l’a longtemps réduite à sa mort, oubliant qu’elle avait été la pierre à aiguiser contre laquelle les principaux écrivains Beat (Allen, Jack et Bill) ont aiguisé leur intellect.

Knut Hamsun : Le Nobel qui accueillit Hitler

Prix Nobel de littérature 1920, auteur de La Faim et Pan, Knut Hamsun est l’un des écrivains norvégiens les plus célébrés du XXe siècle. Il est aussi celui qui offrit sa médaille Nobel à Joseph Goebbels, et rédigea un éloge funèbre d’Adolf Hitler à la une d’un journal norvégien après la capitulation, en mai 1945.

Durant l’occupation de la Norvège, il a activement soutenu l’Allemagne nazie. Il est allé jusqu’à offrir sa médaille de Prix Nobel à Joseph Goebbels et a rédigé une nécrologie élogieuse d’Adolf Hitler, le décrivant comme un « guerrier pour l’humanité ». Après la guerre, il a évité la prison en raison de son grand âge, mais a été interné en psychiatrie.

Son cas illustre une question que posent peu de critiques : que faire d’un chef-d’œuvre signé d’une main qui a serré celle du bourreau ?

Gabriel Matzneff : L’écrivain fêté de la pédocriminalité

Pendant des décennies, Gabriel Matzneff fut une figure littéraire respectée, invitée régulièrement sur les plateaux télévisés et soutenue par une partie de l’intelligentsia française.

Cet auteur dit lui-même qu’il est « pédophile ». Dans plusieurs livres, il raconte ses relations sexuelles avec des enfants et des adolescents. Il explique aussi qu’il aime voyager en Asie pour cela. Pendant longtemps, beaucoup de journalistes et d’intellectuels français ont accepté ses actes sans le critiquer.

Ce n’est qu’en janvier 2020, après la publication du Consentement de Vanessa Springora, qui raconte sa relation avec lui alors qu’elle avait 13 ans et lui près de 50, que l’édifice s’est effondré. Le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour viols sur mineurs de moins de quinze ans.

Norman Mailer : violence et agression

Norman Mailer est l’une des grandes figures de la littérature américaine du XXe siècle, auteur des Nus et les Morts et lauréat du prix Pulitzer. En 1960, il essaie de tuer sa femme, Adele Morales. Il lui donne des coups de couteau. Pour ce crime, la justice oblige Norman Mailer à aller à l’hôpital de Bellevue. Ensuite, il reste sous surveillance pendant 3 ans.

Ces comportements ont jeté une ombre sur son impressionnante carrière littéraire.

Seulement six semaines après sa libération conditionnelle, Abbott tua un jeune serveur new-yorkais, Richard Adan, d’un coup de couteau. Lors du procès, Mailer plaida pour une peine clémente en déclarant que « la culture vaut qu’on prenne quelques risques ».

H.P. Lovecraft : Racisme et préjugés

HP Lovecraft, père du genre de l’horreur cosmique, était également connu pour ses opinions racistes et ses préjugés.

Ses lettres et écrits personnels ont jeté une lumière controversée sur son caractère. Même si son impact sur la fiction d’horreur reste indéniable.

Dans ses lettres personnelles, il écrit des messages de haine contre les habitants des grandes villes américaines. Même les personnes qui vivent à son époque trouvent ses propos très choquants. Sa haine raciale est très forte et dépasse ce que les autres pensent.

La communauté des auteurs de fantastique a débattu pendant des années de la question : en 2015, la statue le représentant, récompense suprême des World Fantasy Awards, a finalement été remplacée par l’effigie d’Octavia Butler. Lovecraft reste lu, étudié, admiré. Mais de plus en plus les yeux ouverts.

Yukio Mishima : L’écrivain qui tenta un coup d’État

Mishima est une énigme totale : l’un des plus grands stylistes japonais du XXe siècle, auteur du Pavillon d’or et du Marin rejeté par la mer, candidat sérieux au Prix Nobel.

Le 25 novembre 1970, l’écrivain Yukio Mishima se rend dans une base militaire à Tokyo avec ses amis. Il prend un général en otage. Depuis un balcon, il crie aux soldats de supprimer la démocratie et de redonner le pouvoir à l’Empereur.

Ensuite, il se tue en pratiquant le seppuku. C’est un suicide rituel japonais. Pour finir, un de ses élèves lui coupe la tête.

Ce n’était pas un coup de folie isolé : Mishima avait fondé sa propre milice paramilitaire privée, la Tatenokai, des années auparavant. Son œuvre et son idéologie nationaliste étaient profondément imbriquées.

Jean Genet (1910–1986)

Contrairement aux autres, Genet a construit sa légende sur sa propre « immoralité » revendiquée. Orphelin, voleur et prostitué, il a passé une grande partie de sa jeunesse en prison avant d’être « sauvé » par Jean-Paul Sartre et d’autres intellectuels qui ont demandé sa grâce présidentielle.

Dans des œuvres comme Le Journal du voleur, il inverse les valeurs morales traditionnelles : le vol devient un acte sacré, la trahison une vertu, et le crime une forme de poésie. Il n’a jamais cherché la rédemption, préférant rester un marginal provocateur.

Anne Perry : Le meurtre de sang-froid

En 1954, en Nouvelle-Zélande, alors qu’elle s’appelait encore Juliet Hulme, elle a assassiné la mère de sa meilleure amie, Honora Parker, à coups de brique dans un parc. Les deux adolescentes craignaient d’être séparées.

Trop jeune pour la peine de mort, elle a purgé seulement cinq ans de prison. À sa sortie, elle a changé de nom, est devenue mormone et a construit une carrière mondiale. Son passé n’a été révélé qu’en 1994, au moment de la sortie du film Créatures célestes de Peter Jackson, qui retraçait son crime.

Thomas de Quincey : L’esthétisation du meurtre

Auteur des Confessions d’un mangeur d’opium anglais, il est allé plus loin que quiconque dans la fascination pour le crime de sang.

Dans son essai provocateur De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts, il analyse des meurtres réels (comme ceux de Williams sur Ratcliffe Highway) non pas comme des tragédies, mais comme des performances artistiques.

Cet écrivain ne tue personne lui-même. Pourtant, beaucoup de gens l’accusent de favoriser la violence. Dans ses textes, il présente le crime comme quelque chose de beau.

À cette époque, la police scientifique n’existe pas encore. Aujourd’hui, les chercheurs étudient encore son influence sur les criminels de l’époque victorienne. Ils se demandent si un auteur est responsable quand ses lecteurs commettent des crimes.

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L’éclat littéraire de ces auteurs ne peut être nié, mais il est essentiel de reconnaître les aspects moralement douteux de leur vie. Qu’en pensez-vous ? 

À bientôt sur le blog !

 

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3 Commentaires
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Pelmard
9 octobre 2025 2h45

Cet article met en lumière une réalité inconfortable, mais nécessaire : séparer l’auteur de l’œuvre ne devrait jamais signifier oublier les victimes.
Regarder en face, c’est aussi lire autrement. Et mieux.