La petite rédac

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Qu’est-ce que le « spleen » ?

Le spleen en poésie

Avez-vous déjà été submergé par une profonde tristesse ? Cette intense mélancolie porte un autre nom en littérature : le spleen. 

Comment les poètes retranscrivent ce sentiment dans leurs écrits ?

Le mot « spleen » est emprunté à l’anglais — Byron, Keats — et désigne cet état d’ennui mélancolique, d’écœurement existentiel que Baudelaire avait déjà exploré dans Les Fleurs du Mal avec sa section éponyme.

En effet, dans son célèbre recueil de poèmes Les Fleurs du Mal, Baudelaire immortalise cette angoisse, tandis que Musset, avant lui, explorait déjà cette langueur romantique, prouvant que l’élan poétique naît souvent d’une blessure que rien ne semble pouvoir refermer.

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Comment se caractérise le spleen ?

Le saviez-vous ? 

Ce terme emprunté à l’anglais signifie « rate » en français. Cet organe a été associé à la matérialisation de la mélancolie dans le corps par le célèbre médecin grec Hippocrate. Il explique son point de vue dans la théorie des humeurs durant l’Antiquité.

Ainsi, le spleen exprime un état d’épuisement physique et morale pouvant être provoqué par :

  • la peur du temps qui passe ;
  • la perte d’un être cher ;
  • la nostalgie ;
  • le sentiment de solitude ;
  • la sensation d’impuissance ;
  • la lassitude ;
  • la culpabilité ;
  • le chagrin d’amour ;
  • la maladie…

Des racines classiques au Romantisme

Bien avant le XIXe siècle, les auteurs de la Pléiade ou d’autres classiques (comme Corneille) utilisaient l’élégie pour chanter leurs peines de cœur. C’était un lyrisme plaintif, souvent lié aux amours déçus ou au deuil.

Avant que le mot « spleen » ne devienne un fait littéraire, le sentiment d’amertume et de fuite du temps existait déjà chez les grands poètes français. Ronsard ou Du Bellay, avec leurs regrets, posaient les bases d’une poésie lyrique où la mélancolie affleurait sous la rime.

Plus tard, Boileau, dans son Art poétique, prônera une rigueur que les romantiques briseront pour laisser exploser leur « vague à l’âme ».

Le spleen : entre ombre et lumière

Le spleen n’est pas une simple tristesse, c’est un état d’âme complexe qui a marqué la littérature française du XIXe siècle. Il représente cette lutte constante entre l’Idéal — le désir de s’élever, d’atteindre le beau et l’absolu — et le Spleen, qui ramène l’individu vers la terre, l’ennui et la finitude.

Pour les poètes, c’est un moteur de création littéraire puissant : transformer la boue de la souffrance en l’or de la poésie.

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Le spleen : Une origine baudelairienne

Que ce soit à travers la structure millimétrée d’un sonnet baudelairien ou la liberté nouvelle de la prose poétique, ce sentiment exprime une lutte acharnée pour l’Idéal.

Sur la genèse, Baudelaire découvre le poème en prose notamment à travers Aloysius Bertrand et son Gaspard de la Nuit (1842), qu’il cite explicitement comme modèle et dont il cherche à se démarquer. Là où Bertrand convoquait un Moyen Âge fantastique et pittoresque, Baudelaire ancre résolument son projet dans la modernité urbaine parisienne — Paris en pleine transformation haussmannienne, ville des foules, des anonymes, des laissés-pour-compte.

En s’inspirant d’Hippocrate, Baudelaire fait du terme « spleen » la métaphore centrale de son recueil, Les Fleurs du Mal. L’ouvrage, publié en 1857, provoque de nombreuses polémiques.

Baudelaire a publié de son vivant une grande partie de ces poèmes en prose dans des revues et journaux — La Presse, La Revue fantaisiste — entre 1855 et 1867.

Baudelaire mourut en 1867, et le recueil parut en 1869 dans ses œuvres complètes éditées par Asselineau et Banville. La forme définitive n’ayant pas été arrêtée par l’auteur lui-même, des questions éditoriales légitimes demeurent sur l’ordre des poèmes et l’intentionnalité de l’ensemble.

En 1869, son penchant pour ce thème est cependant confirmé par la publication à titre posthume du recueil Le Spleen de Paris. Petits poèmes en proses.

Et ses yeux disent : « Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d’amour et d’amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant, je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l’immortelle Beauté ! Ah ! Déesse ! ayez pitié de ma tristesse et de mon délire! ». | Le spleen de Paris – Baudelaire

Ce qui fait la puissance durable du recueil, c’est que Baudelaire y théorise et pratique simultanément une nouvelle façon d’être poète dans le monde moderne. Contrairement aux idées reçues, Baudelaire associait aussi ce sentiment tragique à une forme de rage de vivre.

Le saviez-vous : Sainte-Beuve, le parrain oublié

Ce critique et poète célèbre a grandement influencé la recherche poétique sur l’ennui. Sa préface et ses analyses ont ouvert la voie à Baudelaire pour transformer la dépression en poème célèbre.

Le spleen après Baudelaire 

Le spleen, cette mélancolie profonde qui sature les poésies du XIXe siècle, trouve son expression la plus pure dans le contraste entre la rigueur de la forme et le désordre de l’âme.

Suite à l’intervention de Baudelaire, plusieurs poètes français exprimeront ce sentiment de tristesse profonde.

Par exemple Verlaine rend hommage à Baudelaire dans son ouvrage intitulé Romances sans paroles en introduisant le thème du spleen grâce à un poème du même nom. 

En voici un extrait :

Le ciel était trop bleu, trop tendre,
La mer trop verte et l’air trop doux.

Je crains toujours, – ce qu’est d’attendre !
Quelque fuite atroce de vous.

Plus tard, d’autres types d’artistes remanieront cette thématique au gré de leurs ressentis.

Si le spleen s’exprime par la rime chez les romantiques comme Musset ou Nerval, il s’affranchit des règles avec le poème en prose.

Le basculement de Rimbaud et Mallarmé

Pour eux, le spleen mène à l’enfer de la création ou au « vide de la page blanche ». La forme poétique éclate ; on quitte le sonnet pour le poème en prose ou le vers libre.

L’influence d’Orphée

Le poète devient un Orphée moderne, descendant dans les ténèbres de son propre esprit pour en ramener une anthologie de visions nouvelles.

5 faits méconnus sur le spleen

  1. L’origine : Le mot vient de l’anglais (rate). Autrefois, on croyait que cet organe produisait une « bile noire » causant la tristesse.

  2. Baudelaire : C’est le grand poète français qui en fait une star. Pour lui, le spleen est un combat entre l’Idéal (le rêve) et l’ennui qui nous écrase.

  3. La forme : Les poètes utilisent souvent le sonnet ou l’alexandrin. C’est comme une cage de fer (la structure) pour enfermer un cri de douleur.

  4. Verlaine : Il invente les Poèmes saturniens. Son spleen à lui est plus musical, plein de sonorités douces et de pluie fine.

  5. L’héritage : On le retrouve partout, des poèmes classiques au Bateau ivre de Rimbaud. C’est le moteur qui transforme la souffrance en grande poésie.

Un hommage contemporain ?

Léo Ferré, auteur, compositeur et interprète rendra également hommage à l’auteur des Fleurs du mal en interprétant Quand le ciel bas.

Le spleen en un poème

Spleen vs mélancolie romantique

Contrairement à la mélancolie de Lamartine ou de Chateaubriandvague des passions »), qui est souvent contemplative et liée à la nature, le spleen est urbain, étouffant et sans espoir.

C’est une pathologie de la modernité.

De la mélancolie au surréalisme

Cette sorte de poésie du désespoir ne s’arrête pas à Baudelaire. On en retrouve des traces dans la poésie contemporaine.

Le surréalisme, avec Eluard, transformera la noirceur du spleen en une exploration onirique, tandis qu’un poète français comme Prévert saura parfois lui donner une teinte plus quotidienne et mélancolique dans ses recueils de poésie.

Chaque auteur du poème, de Marot (avec ses Épigrammes parfois amères) aux poètes d’aujourd’hui, contribue à cette grande anthologie poétique de la condition humaine.

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L’histoire de la poésie française est une quête incessante de l’infini, où chaque poète français a tenté de repousser les limites du langage. Du XIXe siècle à nos jours, le passage du lyrique pur à la modernité a transformé notre sens poétique.

Connaissiez-vous ce terme ? Qui est votre poète préféré ? Dites-le nous en laissant un commentaire.

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8 Commentaires
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8 août 2021 22h52

Le spleen de Baudelaire a tjs été un de mes préférés 🙂

12 août 2021 20h06

« Les Fleurs du mal » ont été longtemps mon livre de chevet.

12 août 2021 20h06

« Les Fleurs du mal » ont été longtemps mon livre de chevet.

13 août 2021 1h20

Je me rappelerai toujours du poème « La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse ». Pour moi, c’est le summum du spleen.

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,

Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,

Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver

Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Charles Baudelaire

26 octobre 2025 6h25

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