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Édition recommandée Les Diaboliques, édition Folio classique (1985), avec la préface de Jean Decottignies et les notes de Pierre Glaudes

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Les diaboliques de Barbey d’Aurevilly : Chef-d’œuvre du fantastique mondain

Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly : Analyse littéraire

Édition recommandée : Les Diaboliques, édition Folio classique (1985), avec la préface de Jean Decottignies et les notes de Pierre Glaudes (lien Amazon), qui éclairent les références historiques et littéraires de cette œuvre fascinante et complexe.

Une œuvre scandaleuse au cœur du XIXe siècle

Les Diaboliques de Jules-Amédée Barbey d’Aurevilly demeure l’un des recueils de nouvelles les plus énigmatiques et sulfureux de la littérature française. Publié en 1874, cet ensemble de six récits explore les zones d’ombre de la passion, du désir et de la transgression dans la haute société du Second Empire. Entre dandysme provocateur et catholicisme mystique, Barbey d’Aurevilly crée une œuvre unique qui fascine encore aujourd’hui par sa modernité et son audace narrative.

Trois dates clés pour comprendre l’œuvre

  • 1874 : Publication et scandale immédiat

La parution des Diaboliques déclenche un procès pour outrage aux mœurs. L’œuvre est saisie quelques jours après sa publication, ce qui paradoxalement assure son succès futur. Cette censure révèle la violence avec laquelle Barbey d’Aurevilly bouscule les conventions morales de son époque. Le livre ne sera réhabilité qu’après un non-lieu, mais le scandale marque durablement la réception de l’auteur.

  • 1851-1874 : Vingt-trois ans de gestation

Barbey d’Aurevilly commence l’écriture de certaines nouvelles dès 1851. Cette longue maturation explique la densité stylistique et la complexité psychologique des récits. L’auteur affine sa vision du mal féminin et de la corruption aristocratique pendant plus de deux décennies, créant une œuvre d’une rare cohérence thématique.

  • 1808 : Naissance de l’auteur à Saint-Sauveur-le-Vicomte

Comprendre les origines normandes de Barbey d’Aurevilly éclaire son rapport à l’aristocratie et au catholicisme. Issu d’une famille légitimiste attachée aux valeurs de l’Ancien Régime, il développe une esthétique du passé confrontée à la modernité bourgeoise qu’il méprise. Cette tension nourrit toute son œuvre.

Cinq citations essentielles expliquées

1. « La vengeance est le plaisir des dieux »

Cette citation du Rideau cramoisi résume la philosophie morale ambiguë des Diaboliques. Barbey d’Aurevilly explore une morale païenne où la punition divine se confond avec la jouissance cruelle. Le narrateur ne condamne pas explicitement, il observe avec une fascination morbide les mécanismes de la destruction.

2. « Les passions sont comme les bêtes fauves »

Dans Le Bonheur dans le crime, cette métaphore animale révèle la conception déterministe de l’auteur. Les personnages sont possédés par leurs désirs comme par une force extérieure. Cette bestialité de la passion justifie paradoxalement l’absence de responsabilité morale, tout en créant un effet de terreur romantique.

3. « Toute femme qui a du génie est diabolique »

La Vengeance d’une femme pose cette équation provocatrice entre intelligence féminine et démonie. Pour Barbey d’Aurevilly, la femme supérieure échappe aux normes sociales et devient une créature dangereuse. Cette misogynie fascinée crée des portraits féminins d’une puissance troublante, entre admiration et effroi.

4. « Le dandysme est la grâce dans le crime »

Cette formule concentre l’esthétique aurevillienne. Le dandy transforme le mal en œuvre d’art, dans une logique qui annonce Baudelaire et Oscar Wilde. L’élégance devient une forme de révolte aristocratique contre la médiocrité bourgeoise. Le style rachète ou du moins transfigure l’immoralité.

5. « Paris est le lieu où tout finit »

Dans plusieurs nouvelles, Paris apparaît comme l’espace de la perdition ultime. Contrairement à la province où subsistent des codes moraux, la capitale incarne la dissolution des valeurs. Cette géographie morale structure l’univers des Diaboliques, où la modernité urbaine corrompt les derniers vestiges de l’honneur aristocratique.

Explications stylistiques : une écriture de la tension

La phrase-labyrinthe

Barbey d’Aurevilly cultive une syntaxe complexe, aux propositions enchâssées qui miment les détours de la pensée et les secrets des personnages. Ses phrases peuvent s’étendre sur plusieurs lignes en créant un effet d’hypnose et de suspension. Cette écriture labyrinthique reflète la complexité psychologique de ses héroïnes diaboliques.

Le récit-cadre et la démultiplication narrative

Chaque nouvelle s’ouvre sur un narrateur qui rapporte une histoire entendue. Cela provoque une distance ironique. Cette technique du récit enchâssé permet à l’auteur de ne jamais assumer directement les positions morales de ses personnages. Le lecteur se trouve pris dans un jeu de miroirs où la vérité reste insaisissable.

L’oxymore et le paradoxe

L’écriture aurevillienne repose sur l’alliance des contraires : « bonheur dans le crime », « sainte pécheresse », « ange démoniaque ». Ces figures de style expriment l’impossibilité de séparer le bien du mal, thème central des Diaboliques. Le paradoxe devient le mode d’expression privilégié d’un monde où les certitudes morales s’effondrent.

La couleur et le symbolisme chromatique

Le rouge (sang, rideau cramoisi) et le noir (vêtements de deuil, nuit) dominent cet univers gothique. Barbey d’Aurevilly utilise la couleur comme présage et comme révélateur de l’âme. Cette palette réduite crée une atmosphère oppressante qui annonce le symbolisme décadent de la fin du siècle.

Références littéraires et filiations

Le romantisme noir et le roman gothique anglais

Barbey d’Aurevilly s’inscrit dans la lignée d’Ann Radcliffe et du Moine de Matthew Lewis. Il transpose le gothique anglais dans les salons parisiens. Il conçoit alors un fantastique mondain inédit. Comme chez ces prédécesseurs, l’horreur naît de la transgression sexuelle et religieuse, mais elle se déploie dans un cadre réaliste contemporain.

Baudelaire et l’esthétique du mal

Proche de Baudelaire, Barbey d’Aurevilly partage avec l’auteur des Fleurs du mal une fascination pour la beauté du vice. Les deux écrivains explorent le satanisme comme posture esthétique et comme révolte contre l’ordre bourgeois. Baudelaire admirait d’ailleurs Barbey d’Aurevilly et reconnaissait en lui un frère d’armes dans la bataille pour l’art moderne.

Balzac et la Comédie humaine

Si Barbey d’Aurevilly rejette le réalisme balzacien, il en emprunte la méthode analytique pour disséquer la société. Comme dans La Comédie humaine, les salons parisiens deviennent un théâtre des passions où se joue le destin des âmes. Mais là où Balzac explique, Barbey d’Aurevilly suggère et trouble.

Influence sur la décadence fin-de-siècle

Huysmans, dans À rebours, fait de Barbey d’Aurevilly un modèle pour son héros Des Esseintes. Les écrivains décadents trouvent dans Les Diaboliques une légitimation de leur esthétique du raffinement pervers. L’œuvre annonce aussi Villiers de l’Isle-Adam et ses Contes cruels par son mélange de sophistication mondaine et de violence souterraine.

Regard critique de contemporains

Émile Zola, chantre du naturalisme, critiquait vertement Barbey d’Aurevilly pour son style précieux et son mépris du réel. Cette opposition révèle deux conceptions antagonistes de la littérature au XIXe siècle. Pourtant, même ses détracteurs reconnaissaient la puissance visionnaire de Les Diaboliques.

Une œuvre pour aujourd’hui

Les Diaboliques demeure d’une actualité troublante. L’exploration des rapports de pouvoir entre les sexes, la critique de l’hypocrisie sociale, la fascination pour les âmes complexes résonnent avec nos questionnements contemporains. Barbey d’Aurevilly crée des personnages féminins d’une autonomie et d’une violence rares dans la littérature de son temps, même si son regard reste celui d’un moraliste catholique déchiré.

La modernité de l’œuvre tient aussi à sa structure fragmentaire et à son refus de conclusions moralisatrices. Chaque nouvelle laisse le lecteur dans l’ambiguïté, sans jugement définitif. Cette ouverture interprétative fait des Diaboliques un texte infiniment relisible, où chaque génération découvre de nouveaux sens.

Conseils pour réussir un commentaire

Pour analyser efficacement Les Diaboliques, concentrez-vous sur les tensions internes de l’œuvre : entre catholicisme et transgression, entre réalisme et fantastique, entre misogynie et fascination pour la femme forte. Étudiez la fonction des narrateurs multiples et le jeu des points de vue qui créent une distance ironique.

N’oubliez pas le contexte historique du Second Empire et de sa morale hypocrite, contre laquelle Barbey d’Aurevilly dirige son ironie aristocratique. Comparez avec d’autres œuvres du romantisme noir et du fantastique pour situer la spécificité de l’auteur.

Enfin, analysez le style : la phrase longue et sinueuse, les oxymores, le symbolisme des couleurs, les images sensuelles et violentes. C’est dans cette écriture baroque que réside la véritable diabolique de Barbey d’Aurevilly, capable de séduire le lecteur tout en le troublant profondément.

À bientôt sur le blog !

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