Dans la littérature internationale, la mort n’est pas seulement une fin inévitable. Elle revêt une signification plus profonde, symbolique et métaphorique.
Dans cet article, nous explorons les différentes manières dont la mort a été abordée, étudiée et interprétée par les auteurs au fil des siècles.
Focus.
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La mort dans les tragédies grecques et romaines
Dans la tragédie grecque, la mort n’est jamais un hasard, mais l’aboutissement inéluctable d’un destin déjà écrit par les dieux. Pour Aristote, la représentation de la fin d’un héros doit susciter la pitié et la terreur afin de purger les passions du spectateur (catharsis ou purgation des passions).
Chez les tragédiens grecs comme Sophocle (496-406 av. J.-C.), Euripide (480-406 av. J.-C.) ou Eschyle (525-456 av. J.-C.), la mort n’est jamais gratuite. Elle s’inscrit dans un ordre cosmique implacable où les mortels affrontent leur destin, les dieux et leur propre hybris. Le suicide de Jocaste dans Œdipe Roi ou le sacrifice d’Iphigénie illustrent cette fatalité.
Les dramaturges de l’époque, tels qu’Eschyle ou Euripide, ont su donner un sens du tragique aux récits de la guerre de Troie.
Les Romains, notamment Sénèque (4 av. J.-C.-65 apr. J.-C.), intensifient cette représentation. Ils privilégient une mort plus spectaculaire et sanglante, reflet d’une société habituée aux jeux du cirque. Ils explorent aussi les dimensions philosophiques stoïciennes du trépas comme libération de l’âme.
La mort tragique sert de catharsis collective. Elle permet aux spectateurs de purger leurs émotions. Elle les invite à méditer sur la fatalité, la justice divine et l’honneur.
La mort : Une thématique universelle ?
Les grands auteurs tragiques de l’Antiquité utilisaient le trépas pour souligner la fragilité de la condition humaine face à l’éternité. La mort est un thème littéraire qui transcende les barrières culturelles et temporelles. Chaque poète de l’époque antique voyait dans le passage vers l’au-delà une matière riche pour explorer la noblesse du sacrifice.
La dimension dramatique d’une œuvre atteint souvent son paroxysme lors de l’ultime soupir du protagoniste, moment de vérité absolue. De nombreux poètes romantiques ont, par la suite, repris ces codes classiques pour magnifier la mélancolie du deuil.
De l’épopée de Gilgamesh à la tragédie Hamlet en passant par le roman contemporain, des écrivains ont exploré les complexités émotionnelles, philosophiques et spirituelles liées à la mort.
Voici une citation de Hamlet sur ce thème :
Être ou ne pas être, telle est la question :
Faut-il souffrir de la fronde et des flèches de la fortune
Ou s’armer contre un océan de douleurs
Et, en y opposant la fin, les terminer ?
(Acte 3, scène 1)
De nombreux chefs-d’œuvre littéraires ont été nourris par les récits de recherche de l’immortalité, les réflexions sur la nature éphémère de la vie et les explorations de la douleur de la perte.
Des figures iconiques aux destins funestes
On retrouve dans de nombreuses tragédies cette tension insupportable entre le désir de vivre et l’appel de l’au-delà.
Le héros tragique affronte son destin avec une noblesse qui transforme chaque scène en un moment d’éternité. Dans le mythe d’Antigone, le conflit entre la loi des hommes et celle des dieux mène inévitablement à une situation tragique sans issue. Le malheur qui frappe la lignée des Labdacides trouve son expression la plus pure dans l’Antigone de Sophocle, où la mort devient un acte de résistance.
De même, l’acte funeste de Médée, figure de la démesure, illustre la noirceur insondable de l’âme humaine dans la tragédie antique.
À l’opposé du drame satyrique, le genre lyrique et le théâtre explorent les tragédies humaines avec une gravité inégalée. Des figures comme Oreste nous rappellent que dans les tragédies antiques, la mort est souvent le prix à payer pour l’expiation d’une faute ancestrale.
Finalement, l’être tragique est celui qui, comme Phèdre, se consume d’une passion interdite dont l’issue ne peut être que fatale.
Quelques exemples littéraires pertinents
Corneille, tout en respectant les codes de la tragédie classique, a su insuffler une dimension héroïque à ses personnages, là où les Grecs voyaient surtout la fatalité.
L’Andromaque de Racine reprend également le flambeau des grandes tragédies antiques pour explorer la survie des vaincus de Troie avec une ferveur théâtrale inégalée.
L’ironie tragique atteint son apogée avec Oedipe : plus le héros cherche à fuir ses malheurs, plus il s’en rapproche, illustrant parfaitement le caractère tragique de l’existence.
En outre, le conflit tragique qui déchire Thèbes dans les textes anciens trouve un écho moderne dans les réécritures de Jean Anouilh ou de Bauchau.

Avez-vous lu ces autres livres ?
- La Divine Comédie de Dante Alighieri : Dans cette épopée poétique, Dante voyage à travers l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis, explorant les différentes facettes de la vie après la mort. Cet ouvrage majeur de la littérature occidentale révèle les croyances religieuses et philosophiques de son époque.
- Madame Bovary de Gustave Flaubert : Ce roman met en lumière la quête de l’absolu et les conséquences désastreuses de cette quête. La mort de l’héroïne, Emma Bovary, est à la fois un événement tragique et un symbole de l’échec de ses rêves.
- L’Étranger d’Albert Camus : Ce roman existentialiste explore la notion de l’absurdité de la vie et de la mort. Meursault fait face à la mort avec une indifférence étonnante, ce qui soulève des questions sur la signification de l’existence.
La mort : Un symbole puissant ?
En littérature, la mort est souvent utilisée comme un symbole puissant. En effet, elle peut représenter la fin d’une ère, la transformation personnelle, ou même les conflits sociaux et politiques. Les écrivains utilisent la mort pour créer des métaphores visuelles et émotionnelles qui résonnent avec les lecteurs.
L’influence de la pensée antique reste palpable lorsque la littérature moderne interroge le sens de la finitude. Dans L’Étranger, par exemple, la mort est utilisée dès le premier chapitre de l’ouvrage : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. ».
La philosophie contemporaine a profondément renouvelé la réflexion sur la mort. Martin Heidegger (1889-1976) en fait le pivot d’Être et Temps (1927) avec son concept d’« être-pour-la-mort » : la conscience de notre finitude authentifie notre existence. Emmanuel Lévinas (1906-1995) conteste cette vision dans Totalité et Infini (1961). Il pense la mort comme altérité radicale, mystère absolu qui échappe à toute maîtrise.
Jean-Paul Sartre (1905-1980) la considère comme un événement absurde qui anéantit nos projets dans L’Être et le Néant (1943). Vladimir Jankélévitch (1903-1985) explore sa dimension éthique dans La Mort (1977). Il distingue la mort des autres, celle des proches et la nôtre, impensable. .
Le dramaturge contemporain Wajdi Mouawad, dans son cycle Le Sang des Promesses, renoue avec la puissance du théâtre grec pour traiter des traumatismes actuels.
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Les écrivains du passé et du présent ont utilisé ce sujet universel pour explorer des questions existentielles et profondes. L’exploration de ces récits nous incite à méditer sur notre propre rapport à la vacuité et à la signification profonde qui constitue notre existence. Ces penseurs font de la mort non plus un passage vers un au-delà, mais l’horizon même qui donne sens à la vie.
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