Portrait de René-Serge Chanlot

Un parcours de persévérance

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Sous son chapeau noir et sa posture soignée René-Serge alias Sédar cache une vie privée tumultueuse.

Jonglant entre sa bipolarité et ses obligations professionnelles, il est l’héritier de la 3e génération des fondateurs d’un collège/lycée connu à Basse-Terre, la capitale administrative de la Guadeloupe.

Ce polyglotte français, anglais, espagnol, chinois est en fait un véritable porteur de projet dans l’innovation et contribue à son échelle, à l’évolution des mentalités.

Curieux, coriace et polyvalent, le jeune homme a su dépasser les aléas de la maladie psychique. Mais Comment ?

René-Serge - LPR - Portrait
Les mots contre les maux

Du typique à l’atypique : Une scolarité contrastée

En Guadeloupe de la 6e à la 4e, c’est dans un établissement scolaire barbadien qu’il finit pourtant sa troisième. Devenu bilingue, il terminera sa scolarité là où tout commença…  À Basse-Terre. Il retourna d’abord dans le collège/lycée alors dirigé par son père. Mais finalement, c’est à Versailles qu’il obtiendra son bac STG qu’il complétera par un BTS NRC.

Son BTS acquis, Sédar part à Paris, soucieux d’en apprendre plus sur les comportements humains. Il décide de suivre des cours de sociologie à la Faculté de Nanterre. Pourtant, en manque d’exotisme, il s’envole à Bali devenant, pendant 3 mois, le manager de projet d’un site de location de villas de luxe, Bali Villas Guavas.

Fort de cette expérience, il est accepté à Caen, dans une école de commerce, l’École de Management de Normandie. Il ne savait pas encore que son retour en France serait le début d’une descente aux enfers.

Là-bas, il profite d’une véritable « ouverture sur les métiers du commerce international » et obtient son Bachelor. Il se passionne alors pour l’innovation et la prospective. Il participera à plusieurs projets marquants dans le cadre de la découverte de son métier, notamment à Rouen et au Havre.

Ces projets, cette vie d’hyperactif, tout cela n’est que façade face à la dure réalité du quotidien de René-Serge. En effet, c’est aussi au cours de son année à Caen que le spectre de la maladie fit son apparition. Loin de son climat et de son île d’origine, le guadeloupéen connait les aléas de la discrimination et de la bêtise humaine : « J’ai ressenti un racisme ambiant dans cette ville ». De plus en plus morose, il s’enfonce dans la dépression. C’est son ambition qui le pousse à s’en sortir, il tente le concours de l’école de commerce de Rennes. Mais, « J’ai échoué. » confie-t-il. Son père lui en propose une autre sur Paris, qu’il refuse. Paris n’étant pas à ses yeux, la meilleure ville pour sortir de la dépression. Il choisit donc de retourner en Guadeloupe au mois de Septembre 2013.

Un retour au pays natal contrarié par la bipolarité

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La Guadeloupe, une île française paradisiaque aux vertus thérapeutiques

L’année de son retour, il fait son premier séjour en hôpital psychiatrique, à Saint-Claude. « Ça m’a bouleversé. Pour moi, ce n’était qu’une escale en terrain inconnu mais pas pour mon entourage. Ça a fait le vide. Beaucoup de mes amis très proches m’ont tourné le dos. Ça m’a blessé. Ça a aussi été un déchirement pour ma famille, ça l’a beaucoup impacté. ».

Il affirme que c’est surtout sur le plan émotionnel que sa famille a été ébranlée par la découverte de sa maladie. « Le potentiel qu’ils voyaient en moi était amoindri à leurs yeux. ». Mais, les maux provoqués par sa bipolarité n’affecteront pas la complicité qu’il avait avec son père. « C’était mon héro ! Malgré nos 60 ans d’écart… ».

Cependant, sous l’emprise d’une maladie encore taboue, il sombre… Cannabis, mauvaises fréquentations, manque d’énergie, il est au bord du gouffre mais tente, une fois de plus, de se relever.

Son ambition et sa complicité avec son père le tirent hors des abysses. En 2015, il s’inscrit au conservatoire des arts et métiers, mais au mois d’Octobre de la même année, une crise violente l’empêche de poursuivre son semestre. Il est alors interné dans une clinique du 13e arrondissement de Paris. Isolé, il est loin d’imaginer qu’en même temps, son père est hospitalisé en Guadeloupe. « Je regrette encore de ne pas avoir pu être à son chevet » affirme-t-il avec émotion. Le 21 Octobre, il revient en Guadeloupe et assiste finalement son père dans ses dernières semaines.

« Ma mère et moi  avons organisé l’enterrement avec certains cadres de l’établissement qu’il dirigeait…».

Une lutte contre la maladie interrompue par une saga familiale

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Pour en savoir plus sur l’influence de la famille dans l’évolution des troubles bipolaires, par ici.

Le temps était venu d’organiser la gérance de l’établissement. Le père de René-Serge a eu deux autres enfants d’une autre mère. Un demi-frère « mutique et atteint d’une déficience intellectuelle. ». Et une demi-sœur vivant à Paris. Le partage aurait pu être fait avec calme et décence entre les trois enfants de l’ancien directeur. Mais l’affaire prit vite une toute autre tournure.

« Je me fais avoir par ces deux-là. » affirme-t-il. « Ma demi-sœur ne répondait pas à mes courriels relatifs à l’organisation de la succession de mon père. ». Il est vrai que, sortie de leur famille depuis plusieurs années, ni lui ni son père n’avait une véritable proximité avec elle.

Il fallait tout de même que l’établissement scolaire soit réorganisé. Après le décès de son père, ses proches collaborateurs eurent la mainmise sur l’école privée car il s’agit d’une SARL.

La première assemblée générale eut lieu entre juin et juillet 2016. La première assemblée, ordinaire, avait pour but d’approuver les comptes antérieurs au décès du directeur. La seconde, extraordinaire, devait servir à désigner la succession de la gérance.

Le jour de l’assemblée générale extraordinaire, sa demi-sœur arrive et se fait élire « grâce à mon frère handicapé non reconnu ». Un sentiment d’injustice s’empare du jeune homme. En cette période de fragilité personnelle. Il est replongé malgré lui dans une phase de dépression violente.

Il ne voulait pas directement gérer cet établissement. « Je considère que vu les compétences et le parcours que j’ai. Je devrais y être employé en tant que chef de projet en innovation. Maintenant, j’ai dépassé le stade critique de ma maladie, j’ai bravé les obstacles. Je suis fort, je travaille le plus possible sur moi et je me sens en pleine possession de mes moyens pour occuper cette charge. ».

Un parcours de persévérance et de sensibilisation des plus jeunes

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En France comme aux Antilles, la bipolarité reste une pathologie méconnue ce qui provoque souvent un manque de tolérance à l’égard des malades

Aujourd’hui, René-Serge n’a pas honte de son parcours atypique. Il en est fier. Il a notamment fait des interventions au seins de l’établissement familial au cours desquelles il échangea avec les étudiants au sujet de son expérience. Il essaye ainsi d’offrir aux plus jeunes une meilleure compréhension de la maladie psychique. « J’aime me dire que par rapport à mes interventions, ils seront plus bienveillants. ». C’est aussi un combat contre la l’ignorance.

Son expérience, il s’en sert comme d’un bouclier : « M’exprimer à propos de mon vécu est un moyen de me protéger ainsi que mes biens. De faire réfléchir les personnes mal intentionnées. Quand je m’exprime sur le sujet, ils ont moins d’arguments. Ils ne peuvent plus me toucher par rapport à ma maladie. Je la connais, j’ai pris le temps de l’appréhender. ».

À l’heure actuelle, il se considère comme guéri… Même s’il y a des périodes de recalibrage par rapport à ce genre de chose. La base de sa bipolarité, c’est aussi l’hyper sensibilité. « Et je suis un empathe », d’où cette obligation de se protéger face au monde extérieur.

Sa différence n’est plus une faiblesse mais une charge. « Je suis atteint d’un trouble qui touche moins de 10 % de la population, donc c’est quelque part une responsabilité sachant le bagage et l’héritage que j’ai. Il me semble nécessaire d’expliciter tout ça au grand public. ».

Enfin, sa ténacité le poussa à reprendre le dessus sur sa vie. Il changea totalement ses habitudes. Nouvelle hygiène de vie, méditation, végétarisme…

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René-Serge s’apaise peu à peu sans jamais oublier son combat : Réussir professionnellement à la place qui devrait être la sienne, au-delà des préjugés. S’interdisant d’abandonner. Il veut faire avancer le bassin Basse-Terrien duquel il est issu par ses entreprises.

Qu’avez-vous pensé de ce portrait à la demande ? Soutenez-vous le combat de René-Serge ?  Dites-le nous en laissant un commentaire ou en signant sa pétition en ligne.

À bientôt sur le blog.

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