L’« illectronisme » : Un obstacle à la digitalisation des procédures administratives ?

    La France a fait le pari d’avoir dématérialisé l’intégralité de ses procédures administratives en ligne avant 2023. Mais le taux d’illectronisme est encore trop élevé en Europe pour atteindre cet objectif sans difficulté.

    Pourtant, de nombreuses campagnes sont encore exclues de l’ère d’internet. Faible réception, installations vétustes, voici le quotidien de nombreux citoyens éloignés de la capitale. Ces-derniers, (et ce ne sont pas les seuls), sont également victimes d’un mal social plus important encore.

      L’« illectronisme », comme son nom l’indique, est la version numérique de l’illettrisme. Il est surtout l’un des facteurs responsables de la fracture numérique. Plus clairement, il s’agit d’un manque de maîtrise partiel ou total des outils informatiques impactant la vie quotidienne.

      En France, le Président Emmanuel Macron, accompagné de son ex-secrétaire d’Etat au numérique Mounir Mahjoubi (aujourd’hui remplacé par Cédric O), tente de réduire les conséquences de ces écarts de développements digitaux.

     Les progrès sont visibles, mais la population semble encore réfractaire à l’utilisation de ces nouveaux procédés.

     À ce titre, Clément Le Goff, journaliste, rappelait encore l’an passé sur France 2 qu’un français sur quatre éprouve des difficultés à se servir de son ordinateur. Plus alarmant encore, il précise également un pourcentage impressionnant. 32% des français ont décidé de renoncer aux démarches administratives en ligne.

     La digitalisation totale des procédures en ligne pour 2022 est-elle vraiment possible vu les chiffres annoncés ?

     Avec cette étude, il conviendra de s’intéresser aux causes socio-historiques de l’illectronisme avant de s’attarder sur les réformes déjà engagées en faveur de la digitalisation. Enfin, il s’agira de s’interroger sur la réalité du caractère irréductible de cet illettrisme numérique.

  • Les causes socio-historiques de l’illectronisme
  • Les réformes déjà engagées en faveur de la numérisation
  • Un obstacle véritable à la digitalisation ?

Les causes socio-historiques de l’illectronisme

      Au début des années 1990, le web commence à s’ouvrir au public. Pourtant, il est loin de la démocratisation car cet instrument novateur ne concerne encore qu’une classe aisée de la population. L’accès et l’usage de la toile sont donc les reflets des catégories sociales en Occident comme en Orient.

      Le prix des ordinateurs ne chutera qu’à partir de 1997. En même temps, que celui des téléphones portables qui gagnent également en ergonomie. Plus petits, faciles d’utilisation, ceux-ci s’ancrent rapidement dans les habitudes des consommateurs. Pourtant, seuls les plus jeunes et les plus favorisés auront encore l’accès à une certaine éducation en la matière.

      Dans les années 2000, Internet devient incontournable, moteur de carrières, il est utilisé par les entreprises les plus prospères. Toutefois, le public n’a pas su s’adapter à cette ascension fulgurante.

Personnes âgées et démunies, en ont fait les frais.

     Il est possible d’affirmer aujourd’hui qu’il existe un lien entre les niveaux de revenus et la facilité d’utilisation des différents réseaux et médias. De plus, il est inutile de rappeler que l’éducation technologique des personnes de plus de 70 ans n’est sensiblement pas la même que celles des plus jeunes âgées de 20 ou 30 ans. La raison ?

Un contact quotidien avec la technologie à un âge plus précoce.

      Pour lutter contre l’exclusion de ces minorités le secrétaire d’état chargé du numérique a présenté en 2018 son plan d’action national pour lutter contre la fracture numérique. Ce plan vise, en outre, à résoudre le manque d’accessibilité aux cours d’informatique pour les personnes ayant de faibles revenus.

   Aussi, ce plan semble être une extension de la politique « macroniste » qui souhaite la numérisation de son administration.

Les réformes engagées en faveur de la numérisation administrative

   Le Premier ministre français a lancé le 30 octobre 2017 le programme « action publique 2022 » qui tend à simplifier les tâches administratives au regard de l’évolution technologique.

   Les premiers constats se font dès 2017 auprès des personnes privées. Les services des entreprises et de l’Etat leurs sont « simplifiés » en apparence.

Demande d’aide juridictionnelle, procédure d’inscription pour les rentrées scolaires, télé-déclaration des revenus…

La vie des français est optimisée.

    Les services publics sont dans l’obligation de faire preuve de transparence à l’égard des utilisateurs. Pourtant 32% de la population préfère encore passer par un accueil physique.

    En 2019, c’est FranceConnect qui sort des sentiers battus en permettant l’accès à la digitalisation procédurale aux particuliers, aux personnes morales et aux acteurs du service public. Cette plateforme gouvernementale vise à la centralisation de toutes les démarches administratives (mutuel, assurance, impôt).

     En parallèle, l’Etat et les collectivités territoriales collaborent actuellement pour mettre en place et diffuser le chèque culture numérique. Le but de ce financement est notamment de permettre le paiement partiel ou total des différents services de médiations numériques.

     Les réformes sont nombreuses mais leurs résultats restent timides.  

Un véritable obstacle à la digitalisation ?

     L’important pourcentage des individus victimes de l’illectronisme en France pousse à s’interroger ? Les carences de la population face à l’outil informatique pourraient-elles nuire à la digitalisation de l’administration ?

   Le Syndicat de la presse sociale et le CSA (Consumer Science & Analytics) ont alarmé le peuple dès 2018 sur le caractère discriminatoire de cette ère des réseaux. Malgré les cours d’informatiques gratuits disponibles sur recherches, des individus se retrouvent en situation de précarité administrative à cause de leur manque de connaissances en la matière. Même des chefs de petites entreprises ayant entre 50 et 60 ans confient se sentir parfois perdus face à toutes ces nouvelles procédures.

   Négligence du public ou phobie du langage HTML ?

Les particuliers s’intéressent en trop faible nombre au virtuel en dépit de l’action de nombreuses associations et centres de formations tentant d’améliorer leurs conditions de vie.

  Le magazine Télérama a publié en 2018 un article traitant des différents types d’usagers d’internet. L’abandon des outils correspond à 20% de la population.
Le texte poursuit en précisant que 19% des français auraient abandonné l’idée de faire une démarche on-line au moins une fois au cours des douze derniers mois.

   L’idée d’abandon est particulièrement intéressante car elle renvoie au caractère irréductible de lillectronisme pour certains défavorisés.

    « C’est insurmontable ! », « Je ne comprends rien… », « Je ne m’y retrouve pas dans toutes ces pages. ». Autant de réflexions qui s’agitent encore quotidiennement dans certains esprits.

     Mais ce handicap est-il un obstacle réel à la digitalisation administrative ?

    Vraisemblablement, la réponse est non. Pourquoi ? Parce que la mise en application des réformes parle d’elle-même. Elles ont bien été orchestrées. En réalité, c’est l’usage des réformes fait par le public qui est en question.

 

En conclusion, la population française se compose d’un pourcentage important de personnes en précarité digitale Pourtant, ce n’est pas un obstacle à la digitalisation de l’administration, bien poursuivie durant le quinquennat d’Emmanuel Macron.

  Cependant, il semble encore capital de se concentrer sur les publics exclus de la communauté contemporaine à cause de leurs lacunes. Demandeurs d’emploi, retraités, étudiants défavorisés, étrangers, tous doivent être accompagnés avec pédagogie et patience par des professionnels du secteur.

     En commentaire, proposez-moi des solutions pour aider les moins favorisés des réseaux.

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